La guerre de sécession: Tactiques et formation

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La guerre de sécession: Tactiques et formation

Message par steiner61 le Lun 30 Déc - 17:33

Du XVII au XIXème siècle, les armées combattent en formations denses, colonnes, lignes. Les soldats manoeuvrant aux commandements. La raison de cette rigidité, c’est l'arme du fantassin : le mousquet. Ce fusil à canon lisse, peut tirer de 1 à 3 coups par minute suivant le degré d’entrainement du tireur, de plus, il est peu précis au-delà de 80 mètres et n'est réellement efficace que lorsqu'il est utilisé groupé, en feu de salve.
L'impact d'un tel tir, sur une formation serrée est bien plus important, que des fantassins isolés s'affrontant en tirailleurs. Le feu ne peut donc être dissocié de la masse, pour avoir un impact réel sur le champ de bataille.
Mais avec l’arrivé des armes rayées, qui triplent la portée utile d'une arme, un tel raisonnement tactique n'a plus lieu d'être sous peine de multiplier les pertes.
C'est ce qui arrive pendant la guerre de Sécession, qui voit l'usage intensif d’armes rayées et de formations serrées. Paradoxalement la distance d'engagement entre les adversaires, est la même que durant les guerres napoléoniennes ; si les armes avaient fait un bond technologique, leur effet s'en trouvait réduit par l'emploi de tactiques dépassées.


Infanterie déclenchant un feu de salve. Après le premier tir, il devenait difficile de distinguer l'ennemi.

D'un point de vue tactique, la guerre civile américaine, est le choc entre une conception traditionnelle de la manœuvre, qui s’appuyait sur l’expérience des guerres du début du 19ème siècle, et l'emploi d'armes d'infanterie moderne, qui aurait nécessité une refonte de la doctrine d'emploi de l'infanterie au combat.
L'ordre linéaire adopté par les deux belligérants, est utilisé dans le plus pur style napoléonien, les fusils voient leur puissance et leur portée multipliés par 5, par rapport aux vieux mousquets utilisés par les soldats de Napoléon, mais sont utilisés aux mêmes distances de tir entre 200 et 20 mètres !


Comme sous le 1er empire, les lignes d'infanterie ouvraient le feu bien souvent à des distances inférieures à 100 m. Mais durant la guerre civile, les armes avaient évoluées et pouvaient atteindre une cible à 300 m !

Pourtant, cette conception traditionnelle de l'engagement de l'infanterie, n'évolue pratiquement pas de tout le conflit. Elle se résume à des échanges de tirs entre lignes à moins de 200 mètres de distance, une portée où les différents fusils rayés, tirant la balle Minié, font mouche à coup sûr, pour un tireur sachant utiliser correctement son fusil à chargement par la bouche.
Avec l’entrée en service d’armes à chargement par la culasse, le temps de rechargement est plus réduit et permet au tireur de rester à couvert. Mais dans les faits, les tireurs ne sont pas toujours correctement entraîné, le stress, la fumée, le bruit, l’effet du feu adverse, font que les tirs ne sont pas plus efficaces qu'au temps du mousquet à âme lisse.

Dans les régiments d'infanterie, les fantassin pour être efficace au combat, doivent apprendre à manœuvrer en formation, obéir aux commandements. C'est un apprentissage long et fastidieux, que seul un "drill" intensif permet d’acquérir.
Pour qu'un régiment soit pleinement opérationnel, il lui fallait une période d'entraînement d'environ un an, un luxe en temps de guerre, qu'aucun des belligérants ne pouvait s'offrir. Dans la réalité, les recrues apprennent à marcher en formation, voient succinctement le service de l’arme et effectuent quelques tirs, puis le régiment part au combat.

Le nord, au lieu de combler les pertes dans les unités déjà existantes, crée sans cesse de nouveaux régiments constitués de recrues. Ces unités sont envoyées au combat, après quelques semaines d’entrainements.
Le sud de son coté, comble les pertes au sein de ses régiments, injectant de nouvelles recrues, celles-ci apprenant aux contact des vétérans. Le système permet de maintenir un meilleur niveau opérationnel des unités.


Au début de la guerre, l'infanterie manœuvre suivant une adaptation, du règlement Français du “combat de l'infanterie légère”.
La ligne est la formation la plus employée sur le champ de bataille. Elle offre l'avantage d’optimiser la puissance de feu du régiment. Ce dernier fait feu de la droite vers la gauche, une compagnie après l'autre.
Le régiment déploie six compagnies en ligne, sur deux rangs, deux autres sont déployées vers l’avant, en tirailleurs. Les deux dernières sont placées en réserve à 200 mètres derrière (Fig 1).



En 1862 un nouveau règlement "l'infantry tactics" est adopté par l'US Army. Il prône pour l'attaque d’un régiment, la formation en colonne de division à deux compagnies de front, couverte par une compagnie déployée en tirailleur, et une autre en réserve.

Une brigade qui se prépare au combat, déploie un régiment entièrement en tirailleur, devant les autres régiments formés en ligne classique et espacés de 50 à 300 mètres les uns des autres (Fig 2).



L’ordre mixte, héritage des guerres napoléoniennes, est parfois adopté. Un régiment est déployé en tirailleur, soutenue par un régiment en ligne. Sur les deux flancs, un régiment est déployé en colonne de division.

Pour approcher de la zone d’engagement, mais au delà de la portée de l’artillerie adverse, la formation en colonne est adoptée, privilégiant la vitesse de déplacement.  Il en existe 4 types : la colonne par division qui comporte comme on l'a déjà vu, deux compagnies de front, la colonne par compagnie ou la largeur du régiment est d'une compagnie, la colonne de route de deux ou 4 hommes de front employée uniquement pour les déplacements sur route, et enfin la colonne ouverte avec un espacement entre chaque compagnie lui permettant de se mettre en ligne rapidement par simple pivot d'un quart de tour.

La division se déploie également en ligne mais généralement, des régiments sont placés en réserve ou sur les flancs en colonne par division, rappelant la aussi, l'ordre mixte napoléonien (Fig 3).



De telles formations denses permettent de mieux contrôler les troupes, surtout si elles sont inexpérimentées, mais elles présentent une cible importante, à portée de tir de l'artillerie, particulièrement lorsqu'elles sont disposées en colonnes.

Pour lancer une attaque, le principe de la manœuvre reste toujours le même, l'unité se déplace en colonne tant qu’elle n’est pas exposée aux feux de l'artillerie, puis elle se déploie en ligne, sur sa base d’assaut. Elle s'approche ensuite de l'adversaire pour déclencher un feu de salve ou alors, avance en tirant. La charge à la baïonnette est rarement tentée, les deux lignes s’arrêtent en se fusillant à quelques dizaines de mètres de distance, jusqu’à ce que l'une d'entre elle craque au moral.


Quand une attaque est lancée, l'assaillant s'approche en ligne de l'adversaire, puis un duel par le feu s'engage jusqu’à ce qu'un des deux adversaires rompe le combat, démoralisé par le feu adverse. Ce type d'affrontement avantage souvent le défenseur.

A ce jeu, les défenseurs ont très souvent l’avantage. Ils infligent des pertes terribles aux attaquants, lors de leur avance et la charge est rarement lancée, faute de combattants moralement ou physiquement apte. Les lignes, bien souvent trop ébranlées, se replient.

Ainsi, la guerre de Sécession que l'on qualifie souvent de premier conflit moderne reste incroyablement classique dans la manœuvre tactique des troupes, effectuée dans le plus pur style napoléonien et ne tenant pas compte de l’évolution technologique des armes d'infanterie. Celle ci aurait pu aboutir à des formations plus ouvertes et des distances d’engagement plus importantes.

Si durant ces années, les caractéristiques des armes d'infanterie évoluent, il faut rester réaliste, dans le stress de la bataille, les soldats ne tirent pas forcément mieux que les soldats des guerres napoléoniennes.
La portée supérieure des armes n’est réellement exploitée que par une minorité de combattants, comme les sharpshooter et certaines unités d’infanterie légères. Certains tireurs d'élites, équipés des premiers fusils à lunette, vont utiliser au maximum, la portée de leurs armes, faisant des "cartons" mémorables dans les rangs adverses. Malheur au chef trop visible sur son cheval.


Les Berdan's Sharpshooter, comme d'autres unités d'infanterie légère, utilisaient au maximum la portée de leurs armes, privilégiant la précision du tir, pour harceler l'adversaire.

Néanmoins, dans certaines situations, des officiers vont tenter d'innover, en utilisant par exemple l'attaque par bonds successifs, pour limiter l'impact d'un tir ennemi trop important. Sous le feu, l'unité avance rapidement en ligne sur quelques dizaines de mètres, s'arrête et se couche, tire puis effectue un autre bond, enchainant déplacements et tirs.
Mais ces initiatives resteront isolées et ne feront pas l’objet d’analyses de la part du commandement.

L'emploi de fortifications de campagne lors des sièges, mais aussi pour fortifier une position dans les batailles rangées, les tranchées font leur apparition autour de Vicksburg ou Petersburg de même qu'apparaissent les mines et l'explosion de charges importantes enterrées sous les positions ennemies au moyen de tunnel comme lors de la guerre de Crimée (dont McClellan fut observateur officiel).
Des deux côtés, durant toute la guerre, on assiste au va-et-vient des troupes attaquantes se brisant sur des positions ennemies retranchées. Le summum de l'absurde est atteint à Gettysburg où Lee lance 15000 hommes sur un terrain découvert de plus d'un kilomètre face à une ligne ennemie où canons et infanterie sont abrités derrière des parapets avec le résultat funeste que l'on connaît pour les Sudistes.
Les Nordistes ne sont pas en reste, lorsqu’à Fredericksburg, les brigades bleues se lancent les unes après les autres à l'assaut de Mary's Height dans une démonstration ahurissante de courage qui ne suffit pas à pallier l'incompétence de leurs chefs.
La guerre de Sécession demeure un conflit très paradoxal où les formations et les conceptions tactiques désuètes côtoient des aspects particulièrement innovants dans le domaine militaire : le déplacement des troupes par le train, l’utilisation du télégraphe et d’armes très modernes comme la mitrailleuse ou le canon à chargement par la culasse.

La guerre de Sécession ne révolutionne pas l'emploi de l'infanterie, le fusil à canon rayé ne peut s'exprimer dans toute sa puissance, par l’emploi de tactiques inadaptées.
Pourtant la guerre de Crimée avait déjà montré, la puissance de telles armes, mais peu de chefs militaires surent en tirer les enseignements.
Aux États-Unis, la victoire sans appel, sur le Mexique avait déformé la vision de l'offensive. Les troupes mexicaines équipées de fusils à canon lisse n'avaient pas tenues, face aux troupes américaines équipées d'armes à canons rayés. De nouvelles doctrines auraient du êtres adoptées, mais il n'en fut rien. On assistera souvent à d’inutiles et sanglantes attaques de l'infanterie en ligne, sur un ennemi bien retranchées, avec la plupart du temps toujours le même résultat.

Pire, en dehors de quelques rares officiers comme Ardant du pic, l'hécatombe de la guerre civile américaine n’attirera pas l’attention des chefs militaires européens, qui commettront les mêmes erreurs durant la guerre de 1870, ou les masses en ligne se feront massacrer par les tirs précis, d’armes à chargement par la culasse et à canon rayé, et à des distances bien plus importantes.

Les batailles sanglantes de la guerre de Sécession sont le trait d'union sanglant entre les guerres napoléoniennes de par la tactique employée et les guerres modernes de la fin du 19ème siècle, de par la puissance de feu de l'infanterie.



Dernière édition par steiner61 le Mar 31 Déc - 12:54, édité 3 fois
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Re: La guerre de sécession: Tactiques et formation

Message par Yann51 le Lun 30 Déc - 20:31

John Keegan dans son livre sur la guerre de Secession et l'art du commandement où il traite d'Alexandre, Wellingron, Grant et Hitler comme chef de guerre insiste sur le fait que la Guerre de Secession est une guerre civile et surtout une guerre de civils. Cela aide à comprendre sans doute pourquoi toutes les conséquences ne sont pas tirées de l'évolution technique. Il rappelle que les Etats-Unis n'ont pas de tradition militaire importante, peu de soldats professionnels, qui resteront cantonnés à l'ouest et ne prendront que peu part au conflit... Grant qui a fait West Point et la guerre du Mexique est retourné depuis longtemps à la vie civile quand le conflit éclate et qu'il se fait élire colonel d'un régiment. Il relisait les exercices des manuels la veille de les faire exécuter à ses hommes. Et c'est parce que les Etats-Unis étaient insignifiants militairement pour les Européens qu'ils ne se sont pas intéressés aux leçons de cette guerre, à part Ardant du pic et qq autres.
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Re: La guerre de sécession: Tactiques et formation

Message par steiner61 le Mar 31 Déc - 9:51

Tout a fait d'accord avec toi, mais Je pense aussi que les grandes puissances européennes avaient un "complexe de supériorité" vis à vis des Américains. Ce complexe venait comme tu le dit, de l'absence de traditions militaire, et que depuis son indépendance, toute les guerres que l'Amérique mena, tenaient plus du "bricolage" que d'opérations planifiées.

Concernant la guerre de sécession, si la plupart des nations ont envoyées des observateurs sur place, leurs rapports ne furent pas abordés avec objectivité pour cette raison.
Ardant du Pic, qui apparemment a pris le temps de lire certains de ces rapports, en parle avec un certain mépris. Il reste cependant objectif et sa conclusion est la même que pour la guerre de Crimée et la campagne d'Italie.
Voila quelques directives qu'il préconise :
- Suppression des compagnies d'élites. Toutes les compagnies d'un bataillon sont formés et entrainés à l'identique, y compris au travail de tirailleurs.
- Des bataillons à effectifs réduits (4 compagnies) mais bien encadrés.
- Développer la discipline, l'esprit de corps et la cohésion notamment par des exercices fréquents et réalistes.
- Le chef de bataillon commande au plus près, au milieu de ses hommes, avec un seul clairon par bataillon.

Concernant le livre de John Keegan, dont tu parle, est il en Français ? est ce que tu peux nous en parler un peu ?
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Re: La guerre de sécession: Tactiques et formation

Message par Denise Dofion le Lun 6 Jan - 10:08

Salut mon p'tit Steiner!

C'est le retour de ta vieille copine sur ce forum.

Pour notre prochaine partie (où il va falloir réfléchir concernant certains antagonismes...),peux tu me trouver un tutoriel pour fabriquer des retranchements rapides et simple.En effet,j'aimerai m'inspirer de la bataille de "Spotsilvania".

A+ et ne sors pas sans ton bonnet.

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Re: La guerre de sécession: Tactiques et formation

Message par steiner61 le Lun 6 Jan - 18:07

Salut la mère Denise  Twisted Evil 

Trois questions:
- C'est pour Billy Yank, tes retranchements ?
- C'est pour du 15 mm ?
- Tu veux quoi comme type de retranchement ? Tranchées, gabions, autres ?
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Re: La guerre de sécession: Tactiques et formation

Message par Denise Dofion le Lun 6 Jan - 18:58

Tranchées ou levées de terre pour BY en 15.

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Re: La guerre de sécession: Tactiques et formation

Message par steiner61 le Lun 6 Jan - 21:13

J'ai des tranchées pour la 2GM, en 15mm. C'est Michel qui les avaient confectionnés. Je dois en avoir environs 20cm.
Avant j'utilisais le système suivant:
Matériels:
- Du carton de calendrier.
- De la colle pour dalle de plafond.
- Du colorant (en tube) pour peinture acrylique murale. Couleur terre (marron, beige)

Tu trace la tranchée sur le carton en prenant sa largeur plus 5 cm de terrain devant et derrière. Par exemple, si ta tranchée fait 5 cm, avec 5 cm devant et derrière, ça nous fait une bande de carton de 15 cm de large.
Tu le découpe, ensuite tu teinte ta colle pour dalle de plafond, tu l'applique ensuite à la spatule, autour de ta tranchée, sur une épaisseur de 2 à 3 cm. Tu laisse sécher (environs 24 h).
Pour la finition, tu badigeonne la terre à la colle à bois et tu fais une finitions comme pour un socle de figurine, le fond de la tranchée est peint en noir ou gris foncé.
Mes tranchées ont durées plus de 10 ans, je me les suis fait volés avec nos autres décors, en 2006, sinon, je pense que je les aurais encore.
Mes rivières que j'utilise actuellement sont fait sur le même principe, mais pour rehausser les rives je colle de la dalle de plafond, que je recouvre avec la colle teintée, couleur terre. Flocage plus finition.
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