L'ouvrage de La Ferté

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L'ouvrage de La Ferté

Message par steiner61 le Sam 13 Mai - 17:00

Introduction :
L’ouvrage de Villy la Ferté a le redoutable honneur, d’avoir été un des rares ouvrage de la ligne Maginot, a avoir été directement attaqué et prit par l’ennemi. Nous allons d’abord voir ce qu’était la Ligne Maginot, ensuite, comment était organisé l’ouvrage de La Ferté, puis enfin, passer en revue la chronologie des combats qui se déroulèrent du 15 au 19 Mai.

La ligne Maginot :

Le projet :
Au lendemain de la première guerre mondiale, le traumatisme de la population résultant des pertes colossales, oblige les dirigeants Français à opter pour une stratégie défensive. Il s’agit de protéger les frontières de la France en s’appuyant sur des fortifications permanentes, permettant de contrer toutes attaques surprises venant de l’Allemagne et de l’Italie, en donnant les délais nécessaires pour mobiliser.
Plusieurs études se succèdent, aboutissant au lancement de la construction des premiers ouvrages, à partir de 1928, dans les Alpes, et face à l’Allemagne, à partir de 1930. Les travaux vont se poursuivent jusqu’en 1935.
Les fortifications vont, dans un premier temps, s’étendre face à l’Allemagne, de la frontière Belge à la frontière Suisse.
Face à l’Italie, le dispositif s’étire de la frontière Suisse à la méditerranée.
En 1936, La Belgique qui était jusqu'à présent notre Allié, déclare sa neutralité. Cette décision bouleverse notre stratégie de défense, car le Nord de la France est maintenant exposé.
On essaye de pallier au plus pressé, des crédits sont débloqués pour étendre la ligne Maginot vers le Nord, avec de petits ouvrages, mais le manque de planification, d’organisation et de moyens, aboutit à un « bricolage défensif » qui n’aura pas la même valeur que les premiers ouvrages.



La doctrine :
En matière de fortification, il existe deux doctrines opposées : Les systèmes Hotchkiss et Vauban.

Le principe Hotchkiss : Il s’agit d’une multitude de petits ouvrages déployés en profondeur (de 10 à 50 ouvrages par km suivant le terrain). L’Allemagne va opter pour cette doctrine pour construire la ligne « Siegfried ».

Le principe Vauban : C’est un dispositif linéaire de faible profondeur (10 à 15 km de profondeur), composé de gros ouvrages s’appuyant mutuellement avec leur artillerie. C’est ce principe qui va être retenu pour la construction de la ligne Maginot. Cependant, dans certaines régions au relief accidenté ou fortement boisées, des ouvrages plus petits seront construits dans les intervalles pour contrer d’éventuelles infiltrations.

Organisation d’un gros ouvrage :
On peut comparer un gros ouvrage à une main géante que l’on aurait glissée sous une colline. Cette main aurait six, huit, dix doigts ou plus suivant les exigences de la défense, chacun étant bien écarté des autres.
A l’extrémité de chaque doigt, on va trouver un bloc de combat armé soit de canon, soit de jumelage de mitrailleuses ou de mortiers.

Dans le principe, un bloc de combat est une casemate autonome à deux étages, reliée à la galerie souterraine de l’ouvrage par un puit d’une trentaine de mètres de profondeur, dans lequel un escalier s’enroule autour d’un ascenseur. Un bloc a un effectif de 30 à 40 hommes commandés par un officier.
Chaque doigt correspond à une petite galerie qui aboutit à une galerie mère, celle-ci menant au casernement, la salle des machines, les magasins de vivres et de munitions, l’infirmerie, les PC et centres téléphoniques.

On accède à l’ouvrage par deux entrées distinctes, une entrée pour les hommes et une entrée pour les munitions. Cette dernière possède une petite voie ferrée (écartement de 0,60 m) permettant un accès rapide au dépôt de munitions.

Tirant les leçons des combats pour les forts de Deaumont et de Vaux, les gros ouvrages de la ligne Maginot ont une autonomie théorique de combat de six mois, en nourriture, munitions et chaque fort possède son propre puit.

L’ouvrage de la Ferté :
Il fait partie des ouvrages construits à partir de 1935, il n’a donc pas la puissance défensive des premiers ouvrages. Le fort se trouve au sommet d’une petite colline. Il est composé des blocs de combat N°1 et 2  reliés entre eux par un tunnel situé à 30 m sous terre et long de 270 m, dans lequel on trouve la cuisine, le stock de fioul, l’infirmerie et une réserve de munitions. La colline est entourée d’un champ de barbelés et d’un réseau de rails anti-char.

Le bloc N°1 :
Il se compose de deux cloches GFM (guetteur fusils-mitrailleurs), de deux cloches AM (armes mixtes) et d’une chambre de tir :
- Cloche GFM (Guetteur Fusil mitrailleur): Chaque cloche comprend trois fenêtres de tirs et il faut trois hommes pour la servir.
- Cloche AM (Armement mixte): Armée d’un canon anti-char de 25 mm et de deux mitrailleuses MAC 31 qui nécessitent  cinq servants.
- La chambre de tir : Elle se compose d’une mitrailleuse Reibel fixe en créneau et d’un jumelage canon anti-char de 47 mm / Mitrailleuses Reibel JM.

Le bloc possède en plus, deux chambres de repos, un central téléphonique et une petite centrale électrique. On peut accéder à la galerie souterraine par un escalier de 175 marches.






Le bloc N°2 :

Son armement se compose d’une cloche GFM, d’une cloche AM, et d’un cloche VDP (vision directe et périscopique). La pièce principale est composée d’une tourelle à éclipse. Initialement, elle devait comprendre deux obusiers de 75 mm, mais finalement elle comprendra deux affûts mixtes mitrailleuses / canon de 25 mm.  Le bloc comprend en outre, un central téléphonique, un PC, une réserve de munitions, un local radio et une salle de repos.




Entrée du Bloc 2.


Tourelle armement mixte.


Cloche GFM.


Cloche VDP.

L’équipage :
Il appartient au 155ème régiment d’infanterie de forteresse, et se compose de 101 soldats et sous officiers et de trois officiers, dont le commandant de l’ouvrage, le lieutenant Bourguignon.

Les abords de l’ouvrage :
Pendant que s’achevait la construction de l’ouvrage, (1938), le commandement avait décidé de compléter la défense de l’ouvrage par deux casemates d’artillerie armées chacune d’un obusier de 75 mm. Elles furent placées l’une au nord ouest de l’ouvrage (Villy ouest) et l’autre au sud est (Villy est).
Les deux casemates étaient occupées par des artilleurs, et bien que proche du fort de la Ferté, ils n’étaient pas sous les ordres du Lt Bourguignon.


Lt Bourguignon

Le village de la Ferté, situé à quelques centaines de mètres au nord ouest du fort, avait été aménagé en point d’appui après l’évacuation des habitants.

Un réseau de barbelés fut mis en place autour du village, tandis que les caves étaient bétonnées et qu’une dizaine de casemates furent construites. La position était occupée par la 1ère Cie (Lt Laurent) du 23ème RIC. Le régiment appartient à la 3ème DIC, qui occupe ce secteur du front.



A plusieurs centaines de mètres au Sud-Est du fort se trouve la casemate de Margut ; elle peut par ses feux, couvrir les abords Sud et Est du fort de la Ferté. Un des points fort de la ligne Maginot, c’est la possibilité qu’ont les gros ouvrages, de se couvrir mutuellement, avec leur artillerie, et de couvrir leurs intervalles.
Pour le fort de la Ferté, il est le dernier ouvrage à l'extrémité Nord de la ligne Maginot. Pour cette raison, il ne bénéficie que de l’appui d’une seule tourelle de 75 mm de l’ouvrage du Chesnois.

Le 10 Mai 1940, les troupes Allemandes attaquent à l’ouest. Leurs divisions blindées traversent le Luxembourg et les Ardennes, bousculent les défenses Belges et viennent contacter les unités Françaises, déployées en couverture à l’est de la Meuse.

Le 13 Mai, malgré la résistance des troupes Françaises, l’ennemi établit une tête de pont sur la Meuse.


Le 13 Mai, les troupes Allemandes franchissent la Meuse, et établissent une tête de pont à Sedan.

Le 14 au soir, L'ennemi est à Carignan.

Le 15 Mai, des panzers traversent la Chiers, une petite rivière à quelques 200 m au nord du fort. Les troupes allemandes arrivant dans le secteur appartiennent à la 71ème division d’infanterie sous les ordres du général Weisengerger.
Il est parfaitement au courant de l’existence de l’ouvrage de la Ferté, baptisé par les Allemands « Panzerwerk 505 », Il sait que toute poursuite de sa progression est impossible tant que la position n’est pas neutralisée.
Pour cela, la 71ème DI va devoir s’emparer de Villy ainsi que de la côte 226 située à l’Ouest du fort, de manière à isoler celui-ci.

Le 15 Mai, l’ensemble des positions Françaises est violemment bombardé ; le 23ème RIC  résiste et repousse les premiers assauts, mais le 16 Mai la côte 226 tombe aux mains des Allemands.
Durant ces combats, alors que le fort subit un violent tir d’artillerie, la tourelle à éclipse (Bloc 2), se retrouve bloquée en position de tir, orientée vers le Sud -Ouest.
Le 17 Mai, alors que les combats dans le village de Villy se poursuivent, les équipages des casemates Villy ouest / Est, évacuent, car n’ayant plus de liaison radio avec les défenseurs du village, ils estiment être directement exposés à une attaque Allemande.


A partir du 15 Mai, les hommes de la 1ère Cie du 23ème RIC défendent le
village fortifié de Villy. Le 18 Mai, en fin d’après midi, encerclés, épuisés, à
cours de munitions, les survivants se rendront aux hommes de la 71ème DI.


Le 18 Mai en fin d’après midi, les derniers défenseurs du village de Villy se rendent. Le fort se retrouve à présent seul face aux troupes Allemandes.

Pour neutraliser les défenses du fort, la 71ème DI a été renforcée par toute l’artillerie du corps d’armée, soit 265 pièces d’artillerie, dont 36 mortiers de 210 mm.
A partir du 17 Mai au soir, alors que le village de Villy résiste encore, l’artillerie Allemande commence le pilonnage de l’ouvrage.
Cette préparation d’artillerie est destinée non seulement à « sonner » l’équipage du fort, mais aussi à créer des brèches dans le réseau de barbelés entourant la position, et à fournir des couverts pour faciliter la progression des groupes d’assauts au moment de l’attaque.


Mortier lourd de 210 mm. Trente six pièces de ce type seront
détachées pour appuyer l'assaut de l'ouvrage.

Le lendemain, alors que le nettoyage du village de Villy se poursuit, les hommes de la 1ère Cie de pionniers d'assaut, (171ème bataillon de pionniers), commandé par le Lt Germer, s’approchent au plus près de l’ouvrage, pendant que l’artillerie Allemande poursuit son pilonnage. Pour cette phase d'approche, Germer a voulu privilégier la rapidité, ses hommes n'ont pris que leurs armes individuelles et des charges de démolition, aucunes armes lourdes n'a été emporté, en dehors d'un seul lance flammes.  


Lt Germer, commandant la 1e Cie de pionniers d'assaut.

Depuis le village de Fromy, une batterie de 88 mm effectue des tirs directs sur les cloches du Bloc 2, à 1500 m de distance.
A 18h30 un obus de 88 pénètre dans un créneau de la cloche GFM, tuant ses trois servants.


L'attaque de l'ouvrage.

A la fin de la préparation d’artillerie, les pionniers lancent l’assaut. Ils détruisent les créneaux de tirs des cloches blindées, ainsi que l’armement de la tourelle à éclipse. Par les ouvertures ainsi créées, les Allemands lancent grenades, explosifs et fumigènes à l’intérieur du bloc, provoquant l’explosion des munitions entreposées au pied des cloches.

La position devenant intenable, les hommes du bloc 2 évacuent, pour rejoindre leurs camarades du bloc 1, mais dans la confusion, ils oublient de fermer les portes étanches. La fumée commence alors à envahir les pièces et couloirs dans lesquels les soldats ont trouvés refuge.

De 23h00 à minuit, un tir de barrage s’abat sur le bloc 1, les derniers obus tombés, les pionniers détruisent les cloches. Seule la chambre de tir est intacte, mais orientée vers le Sud Est, c'est-à-dire à l’opposée de l’attaque Allemande, elle n’a aucune utilitée défensive.

Les défenseurs du bloc 1 vont rejoindre leurs camarades dans la galerie. Le Lt Bourguignon qui est en liaison avec l’ouvrage du Chesnois, demande l’autorisation de se rendre, mais le commandement lui ordonne de résister. Pendant ce temps, les incendies venant des blocs provoquent une fumée toxique qui sature l’atmosphère du couloir souterrain et des salles. Les soldats sont obligés de porter continuellement les masques à gaz. Les heures s’écoulent, et les cartouches des masques à gaz commencent à manquer.



A 5h39, un dernier appel est lancé depuis le bloc 1, puis les émanations toxiques font leurs œuvres, et l’ensemble de la garnison meurt asphyxié.  
Au matin du 19 Mai, une épaisse fumée s’échappe des deux blocs. Le fort de Villy est tombé, les Allemands font sauter les portes d’accès aux blocs 1 et 2.
Le 21 et 22 Mai, ils pénètrent dans les blocs, mais ne peuvent descendre dans la galerie.
Le Lt Bourguignon sera retrouvé, mort, dans sa chambre et la plupart des membres de la garnison seront retrouvés dans la galerie reliant le bloc 1 au Bloc 2.
Les corps des soldats sont sortis entre le 8 et le 11 Juin par une unité disciplinaire et enterrés à proximité, dans des fosses communes.
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