27/05/95: Assaut sur Sierra Victor

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27/05/95: Assaut sur Sierra Victor

Message par steiner61 le Dim 16 Mar - 14:04

Situation :
Depuis Mars 1992, les forces paramilitaires des Serbes de bosnie, encercle la ville de Sarajevo. Elles occupent les hauteurs entourant la ville, ainsi que certains quartiers de la ville.
Le pont de Verbania, sur la rivière Miliacka, est situé à l'angle Nord-Est de l'enclave de Gorbavica, le quartier Serbe de Sarajevo.
La présidence bosniaque et les principaux bâtiments publics de la ville sont situés sur la rive nord, à quelques centaines de mètres du pont. Sa situation géographique en fait donc une position clef pour les deux camps.



A l'extrémité Sud du pont, l’ONU a installé un poste, « Sierra Victor ». La position étroitement imbriquée entre les lignes serbes et bosniaques, est dominé par de hauts immeubles de sept ou huit étages.
Construit en longueur sur la berge sud de la Miliacka, le poste « Sierra Victor » comporte :
- Un poste d'observation Est qui permet d’accéder au site,
- Une zone vie (composée de 3 containers),
- Un poste d'observation Ouest, auquel on accède par un long couloir d'une trentaine de mètres.
L'ensemble se présente de l'extérieur comme un véritable bunker de sacs à sable et de bastions, et de l'intérieur comme un dédale de couloirs étroits, de recoins et de renfoncements sombres, de boyaux qui font penser aux tranchées de la guerre 14-18.
Sur le côté Sud, une enceinte de bastions surmontés de barbelés permet de garer les VAB et VBL de la garnison du poste et des visiteurs éventuels.


"Sierra victor" vue du Nord Est

Contre cette enceinte, s'élève un gros immeuble cubique, tenu par les Bosniaques et baptisé « Union Invest ». Ils y accèdent par une série de tranchées et notamment par un fossé d'écoulement des eaux recreusé qui borde la route. Au bord de ce fossé, un réseau de barbelés permet d'étendre le périmètre de sûreté du poste ONU.
Dominant le poste, à trente mètres à l'ouest et au sud-ouest, deux immeubles baptisés « Prisunic » et « Central », sont tenus par les Serbes.

Les événements initiaux.
Le 27 mai à 4h50, le contrôle radio effectué toutes les heures entre le poste et le Bat 4 (Bataillon composée d’élément du 3ème RIMA et du RICM), demeure sans réponse. Le capitaine François Lecointre commandant la 1ère Cie, « les Forbans », se rend aussitôt sur place, accompagné du sergent Taupaka et, abordant le site sans rien constater d'anormal, il se précipite dans le poste Est, espérant n'avoir qu'à réveiller le radio de permanence qu'il imagine assoupi.
Dans la pénombre du boyau d'entrée il tombe nez à nez avec un serbe en casque bleu et gilet pare-balles ONU qui braque son arme sur sa poitrine et, en anglais, lui intime l'ordre de lui donner son arme et lui dit qu'il est désormais otage. Le capitaine refuse et lui dit qu'il va rendre compte à ses chefs de ce qui se passe et qu'il revient. Puis il fait demi-tour et quitte le poste poursuivi par le Serbe rapidement stoppé dans son élan par le sergent Taupaka qu'il n'avait pas vu et qui lui met le canon de son FAMAS sous la gorge. Tenu en respect, le Serbe laisse repartir tout le monde.

Les préparatifs.
A 5h45, Retour à la Skenderija, l'ancienne patinoire des JO de 1984, où s'est installé le bataillon d'infanterie (Batinf) 4, au coeur de Sarajevo. Il est 5 h 45 et le capitaine Lecointre rend compte au colonel Sandahl, commandant le Bat4, qui immédiatement échafaude un plan de reconquête. Par téléphone, le colonel informe le général Hervé Gobilliard, qui commande le secteur de Sarajevo dans le cadre de la Forpronu. En un quart d'heure, le général prend la décision de donner l'assaut.
A 6h45, le général lui donne l'ordre de reprendre le poste du pont de Verbania. La reconquête du poste est conçue comme une opération militaire classique comprenant :
- L'infiltration d'un élément d'infanterie jusqu'à sa base d'assaut,
- Puis, après mise en place d'éléments d'appui ERC 90 (3ème escadron) et VAB canon de 20 mm (4ème compagnie),
- La prise de contrôle du poste par l'élément d'infanterie.

Quelques facteurs rendent cependant sa réalisation délicate :
L'environnement urbain et la configuration des lieux interdit aux appuis de mettre à profit l'allonge dont disposent l'ERC 90 et le VAB canon de 20 mm et les contraint à se dévoiler aux vues des Serbes et à s'exposer à leurs tirs à courte distance.
L'incertitude demeure quant à la situation à l'intérieur du poste ONU. Trois cas de figure sont en effet envisageables :

- Le site peut avoir été déserté par les Serbes,
- Le site peut être tenu et défendu, tous les otages en ayant été évacués,
- Le site peut être tenu et défendu, tout ou partie des otages y étant encore détenus.

La dernière éventualité étant la pire, c'est elle qui est retenue. Elle interdit tout tir à priori sur le site et empêche que l'assaut d'infanterie ne soit précédé par une "préparation" menée par l'appui. .
Outre le fait que, pour sa défense, des tirs peuvent être appliqués à partir du poste sur ses abords immédiats ainsi que sur les axes qui y mènent, les immeubles qui le surplombent à l'ouest, également tenus par les Serbes, offrent des possibilités de tir encore plus importantes.
De ces contraintes il ressort donc :

- Que la mise en place de l'appui ne pourra se faire qu'en parfaite simultanéité avec le lancement de l'assaut (afin de ne pas dévoiler le dispositif et les intentions avant le début de l'opération de reconquête),
- Que les tirs d'appuis ne pourront être déclenchés qu'en riposte à des tirs serbes,
- Que l'appui doit être en mesure de traiter, de façon distincte mais simultanément et très précisément, les immeubles d'une part, le poste d'autre part.
Tout le succès de l'opération repose donc sur une coordination fine, ainsi que sur la discrétion et la rapidité de mise en place du dispositif du bataillon qui seules peuvent assurer l'effet de surprise indispensable.

Il est 6h55. Le chef Ops du bataillon, termine de planifier l'ensemble des mesures de coordination.
A la 1ère compagnie, la section du lieutenant Heluin est la seule disponible. Elle a été précisément relevée la veille sur le site de Verbania où elle venait de passer dix jours et elle le connaît parfaitement. Le capitaine Lecointre donne ses ordres au Lieutenant Heluin., lui précisant en particulier que l'assaut devra être simultané sur les trois éléments du site : le poste Est, la zone vie, le poste ouest.
A 8h00, tous les ordres de détail ayant été donnés et le commandant de bataillon s'étant fait présenter la section qui va être engagée, les VAB de la section et le VBL du capitaine Lecointre démarrent en direction du poste du cimetière juif Nord, également tenu par la compagnie.
Le poste du cimetière juif domine le pont de Verbania (il est situé à 300 m au Sud du pont) et offre de bonnes possibilités de tir sur les immeubles serbes. Les deux 12,7 de ce poste fourniront un complément utile à l'appui des ERC 90 et des VAB C20.
A 08h20, débarqués des véhicules qui sont laissés au cimetière juif Nord, la section et le capitaine entament leur infiltration à pied à travers le quartier bosniaque en direction du pont de Verbania.
A 8h40, le colonel Sandahl informe le capitaine que les appuis sont en place sur leurs positions d'attente. Le détachement est en train d'aborder la base d'assaut.
A 8h45, le détachement d'assaut est en base d'assaut (dans le fossé d'écoulement des eaux recreusé mentionné plus haut).




L'assaut :
Comme convenu le capitaine donne le "Top départ" pour la mise en place des appuis sur leurs positions de tir. Vingt secondes après il donne l'ordre de monter à l'assaut.
Le 1er groupe bondit hors de la tranchée, mais son élan se brise sur le réseau de barbelés. Les hommes sont aussitôt cloués au sol par de violents tirs de tous calibres, les Serbes disposant, entre autres, de trois mitrailleuses de 14,5 mm situées dans les immeubles qui dominent le poste. Ces tirs sont croisés avec ceux fournis par les défenseurs du site, ce qui augmente leur efficacité. Cinq soldats sont blessés, dont trois grièvement.
Immédiatement, le commandant de bataillon, placé 150 m à l'Est, fait déclencher et coordonne les tirs d'appui des ERC 90 et de la section de VAB canon de 20 mm.
Pendant ce temps, le Lieutenant Heluin., qui s'est décalé de 20 m vers l'Est sur la base d'assaut, s'élance à son tour dans le découvert entraînant derrière lui le 2ème groupe. Le capitaine les suit avec son radio et un sous-officier.
Les tirs serbes, très nourris, continuent et le 3ème groupe reste momentanément bloqué sur la base d'assaut qui est "traitée" de façon irrégulière par les Serbes au mortier de 82mm.
Le sous-officier adjoint de la section, s'installe en appui face aux immeubles, légèrement en arrière de la base d'assaut, avec les tireurs LRAC, FRF2 et Mac Millan.
Désormais onze hommes de l'élément d'assaut sont bloqués au-delà du découvert, à l'entrée du poste Est.
Le Lieutenant Heluin. bondit à nouveau en tête et pénètre à l'intérieur du site suivi par le reste de l'élément. Les Serbes refluent vers la zone vie en laissant un tué derrière eux.
Le capitaine renseigne le chef de bataillon au fur et à mesure de la progression à l'intérieur du site. Le commandant de bataillon fait fournir un appui direct précis par le VAB C20 descendu sur la rive Nord de la Miliacka, à 70 m du poste. Les ERC 90, quant à eux, poursuivent les tirs à la mitrailleuse coaxiale et au canon de 90 sur les immeubles à l'ouest du site.
Le détachement se prépare à relancer la progression vers la zone vie. Alors qu'il se place en appui sur le toit, pour permettre ce deuxième bond, le marsouin Humblot est tué par un tireur embusqué.
Malgré les tirs des défenseurs qui s'y sont retranchés, la progression se poursuit et le détachement parvient à l'entrée de la zone vie. Le lieutenant Heluin y lance une grenade avant de pénétrer à l'intérieur. Une bouteille de gaz explose. Un éclat blesse au front le lieutenant qui perd connaissance. Le capitaine Lecointre le traîne à l'abri avec l'aide de son sous-officier.
Le reliquat du 1er groupe rejoint le capitaine, ainsi que le 3ème groupe qui a réussi à traverser le découvert. Ils prennent le contrôle de la zone vie, y tuent deux autres Serbes et font 4 prisonniers. Deux autres soldats sont blessés au cours de cette phase. Le reliquat du 1er groupe s'installe en appui face à la redoute ouest.
Le capitaine reprend la tête de l'assaut et s'engage dans le couloir d'une trentaine de mètres qui mène à cette redoute. Les défenseurs tentent de les repousser, blessant encore deux soldats. Le détachement les force à reculer, tuant encore un Serbe, en blessant un autre grièvement.
Passant par l'extérieur du couloir (côté Nord), appuyé au plus près par le VAB canon de 20 mm qui est, à vue, sur l'autre rive de la Miliacka, le détachement avance, mètre par mètre, jusqu'à l'entrée de la redoute Ouest.
Compte tenu du nombre de blessés et du fait qu'il a fallu laisser des hommes dans le poste au fur et à mesure de leur progression pour tenir les zones reconquises et garder les prisonniers, il ne reste plus que cinq hommes pour investir le dernier réduit.
Alors qu'ils vont s'élancer pour cet ultime bond, les Serbes poussent devant eux, une AK 47 braquée sur la nuque, deux soldats gardés en otage, appartenant à la section qui tenait le poste.
Le capitaine en rend compte au commandant de bataillon et lui demande l'autorisation de cesser le combat et de tenter un échange entre les prisonniers qu'ils ont faits et ses hommes. Le commandant de bataillon donne aussitôt son accord et rejoint le capitaine sur le poste, suivi du VAB sanitaire du médecin chef.
A l'extérieur du site, les tirs en provenance des immeubles serbes se poursuivent, très nourris. Violemment pris à partie à la 14,5 mm, le VBL du commandant de bataillon et le VAB sanitaire parviennent malgré tout à traverser le pont et à accéder au poste.

L'épilogue
Il est 9 h 08, l'assaut a duré vingt-trois minutes. Le colonel Sandahl arrive sur les lieux et prend en charge les négociations. Les «Forbans», qui comptent deux tués et dix-sept blessés, sont relevés. Les discussions vont durer tout l'après-midi, alors que les blessés sont échangés. A un moment, les Serbes se livrent à un simulacre d'exécution sur un otage. A la nuit tombée, les Serbes restants quittent les lieux en tentant d'emmener un otage. Mais celui-ci parvient à prendre la fuite et courir vers les lignes françaises.
Chez les Serbes de Bosnie, on enrage contre le coup de force français. L'état-major du général Mladic fait savoir au général Gobilliard qu'un otage français sera exécuté tous les quarts d'heure si les prisonniers serbes ne sont pas libérés. L'officier ne cédera pas au chantage. Tous les otages seront finalement libérés, le 17 juin.


Sur le pont de Verbania en direction du nord
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